La Saêna (Sîmorgh, Sēnmurw...) est un oiseau mythique d'origine perse.
Présent à l'origine dans l'Avesta, cet oiseau est une femelle. Elle est décrite comme un oiseau fabuleux au plumage multicolore et,
selon Farîd od-dîn Attâr, après avoir fait sa première apparition de nuit en Chine, elle fit choir une unique plume qui colora le monde entier.
Cette plume serait gardée dans le conservatoire des images en Chine (lieu imaginaire).
C'est un oiseau de grande taille : il est dit qu'il peut transporter un éléphant ou encore un chameau à l'aide de ses serres.
La Sîmorgh aurait vécu à trois reprises l'annihilation du monde. Ayant atteint l'âge respectable de 1700 ans, elle se consumerait plongeant dans les flammes pour ressusciter à partir de ses cendres.
La Saêna vit dans un arbre le Vispubish, dressé au milieu de la mer Vourukaša. Pour les récits chiites, elle serait plutôt dans un arbre nommé Tûbâ 1 situé au cœur de la montagne de Qâf (se situant dans le royaume de Malakut 2 ).
Ces arbres possédent un pouvoir médicinale capable de guérir tout mal et conservent en leurs seins les graines de toutes plantes existantes.
Senmurw prenant son envol, fait alors tomber les graines du Vispubish au sol. Elles poussent instantannément et, lors de son atterrissage, se brisent libèrant ainsi leur graines multipliées.
Les graines sont récoltées et dispersées par l’oiseau Cīnāmrōš puis la divinité astrale Tištar 3 les fais pleuvoir sur Terre.
D'autres version stipulent que la Sîmorgh ferait directement tomber les graines sur Terre en s'envolant de son arbre.
Ces plantes possèdent d'importantes propriétés médicinales de fait de leur origine.
La Sēnmurw possède un double maléfique : l'oiseau Kamak. Les activités de celle-ci sont l'opposé de celles de la Saêna : lorsque Kamak apparaît, elle étend ses ailes sur le monde entier,
empêchant la pluie de tomber sur les sols en la déviant vers les mers. La sécheresse frappant alors la Terre, les rivières, puits, sources, se tarissent puis, Kamak vient au sol dévorer hommes et animaux.
Il est supposé que la Sēnmurw serait la manifestation d'une étoile : la constellation d’Aquila (l’aigle), ou son étoile la plus proéminente, Altair (en arabe al-ṭayr « l’oiseau »).
Les principales légendes connues à son sujet sont présentes dans : "La conférences des oiseaux" 4 ainsi que "Le livre des rois" 5.
La conférence des oiseaux retrace la quête d'un groupe d'oiseaux - chacun d'entre eux représentant une facette de la nature humaine - partant à la recherche de la Sîmorgh, souhaitant en faire leur dirigeant.
Ils sont menés par une huppe 6, qui décide de les guider jusqu'au nid de la Sîmorgh.
Afin de réussir à convaincre les oiseaux de se joindre à cette quête, la huppe va leur conter des légendes pour répondre à chacune de leur objections.
Le voyage qui les attend est la traverser de sept vallées mystiques agissant comme un parcours initiatique.
La vallée de la quête, le voyageur se défait de tout dogme, croyance et incrédulité.
La vallée de l'amour, quand la raison est abandonné pour laisser place à l'amour.
La vallée de la connaissance, où le savoir mondain devient totalement inutile.
La vallée du détachement, égo, désirs et attachements au monde sont abandonnés. Ici, ce qui est considéré comme la « réalité » disparaît.
La vallée de l'unité, réaliser que tout n'est qu'un.
La vallée des merveilles, subjugué par la beauté de la création, le voyageur est plongé dans l'admiration, découvre qu'il n'a jamais rien connu, rien compris.
La vallée de la destruction, le soi se dissout dans l'univers, le voyageur devient intemporel, existant à la fois dans le passé et le futur.
La plupart des oiseaux jusqu'alors présents ne vont pas parvenir à s'affranchir de leurs vices et seront condamnés à périr des suites de soif, fièvre, maladie, folie...
Seulement trente d'entre eux arrivent à destination pour prendre conscience que la Simorgh était en fait une réflexion de leur nouveau soi purifié et uni.
"lorsqu’ils tournent le regard vers Sîmorgh, c’est bien Sîmorgh qu’ils voient. Lorsqu’ils se contemplent eux-mêmes, c’est encore Sî-morgh, trente oiseaux, qu’ils contemplent.
Et lorsqu’ils regardent simultanément des deux côtés, Sîmorgh et Sî-morgh sont une seule et même réalité.
Il y a bien là deux fois Sîmorgh, et pourtant Sîmorgh est unique. Identité dans la différence, différence dans l’identité".
1 L'abre de la connaissance
2 Royaume céleste et angélique mentionné dans la cosmologie islamique médiévale.
3 Tištar, l’étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien (Canis Major).
4 Poème en persan écrit par le poète soufi Farid al-Din Attar en 1177.
5 Le livre des rois, connu sous le nom de Shâhnâma est une épopée retraçant l'histoire de l'Iran depuis la création du monde jusqu'à l'arrivée de l'Islam.
Il a été écrit aux alentours de l'an mille par le poète persan Ferdowsi.
6 Dans les pays arabes la huppe est considérée comme une protection contre le mauvais œil.
Sources :
Iranica Online
Emission "Cultures d'Islam" (France Culture) du 24 janvier 2014 par Abdelwahab Meddeb avec Leili Anva docteur en littérature.
Dictionnaire des symboles - Jean Chevalier, Alain Gheerbrant
Wikipedia
Teheran
Première version de l'article écrit par Saêna Voyance.